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21/01/2011

Les procès relatifs aux troubles comportementaux impulsifs

J'étais au courant de l'affaire qui va passer au tribunal de Nantes le 1er février prochain, depuis un moment. Une famille demande réparation suite au préjudice subi à cause des effets indésirables des traitements antiparkinsoniens d'un de leurs proches. 

Cette affaire devient médiatique (voir Ouest-France et France Soir) car elle vise, non seulement le neurologue, mais surtout un grand laboratoire pharmaceutique. Ce dernier n'avait pas précisé dans la notice d'information les possibles effets indésirables du REQUIP (je le reprécise: on ne parle pas d'effets secondaires à ce stade mais d'effets indésirables) tels que les troubles comportementaux impulsifs.

J'ai récemment découvert qu'une association avait milité pour que ces effets soient inscrits dans ladite notice d'information du médicament en 2006. Je trouve dommage que cette association ne soit pas mieux référencée sur le WEB car elle peut aider des familles. Il s'agit de www.cadus.fr.

Alors le noeud gordien en l'espèce: le laboratoire avait-il connaissance des effets indésirables du REQUIP et a-t-il sciemment omis de les mentionner?

Moi j'ai mon avis sur la question. La littérature scientifique est claire depuis 2000 donc 3 ans avant ... la prise du traitement. Et puis, il y a eu des essais cliniques...

 

Avant même que la solution de ce litige ne soit rendue, quelles leçons peut-on déjà en tirer?

Désormais les effets indésirables sont bien inscrits dans la notice, ce qui veut dire que tout patient qui aurait pris le traitement après cette date de 2006 ne pourra pas se retourner contre le laboratoire mais seulement contre les neurologues. Une énorme responsabilité pèse donc sur leurs épaules. En effet, en cas de troubles comportementaux impulsifs, ils ne pourront pas dire "On ne savait pas"... Autrement dit, ils sont soumis à deux obligations (reconnues par l'AFSSAPS et la Haute Autorité de Santé). D'abord, ils doivent informer le patient et son entourage sur les effets indésirables. Ensuite, ils doivent IMMEDIATEMENT réagir si le patient ou un proche du patient constate les troubles et l'en avertit. Leur carence ou leur lenteur engendrera automatiquement leur responsabilité.

Mon expérience personnelle démontre qu'il y a des efforts à faire de ce côté. J'ai dû insister assez fortement auprès des neurologues de mon père pour qu'il y ait un suivi du syndrome de dysrégulation dopaminergique... et ensuite un suivi régulier. Quand un neurologue m'a dit que j'étais privilégiée parce qu'il avait quand même reçu mon père à trois reprises dont une hospitalisation, en 6 mois, j'étais interloquée. Je n'ai pas répondu franchement "Ecoutez par mon attitude, je vous évite un éventuel procès et les nuits d'insomnie qui vont avec!". Je suis restée stoïque... Je n'allais pas faire  la juriste, et lui rappeler les recommandations de la Haute Autorité de santé et de l'AFSSAPS qui en gros indiquent un suivi particulier et resserré du patient. Je n'avais envie que d'une seule chose: retrouver mon père, le vrai d'avant les médicaments et je comptais bien sur ce jeune neurologue pour y arriver. "L'erreur est humaine" certes, mais j'espère qu'après ce "conflit", il va être plus vigilant avec les autres patients qui développeront des troubles comportementaux impulsifs.

J'ai dû passer pour une enquiquineuse car je ne pense pas que le corps médical mesure  pleinement  la vie du patient et celle de son entourage pendant cette période. Un calvaire, il n'y a pas d'autre mot. J'aurais volontiers échanger ma vie avec celles des neurologues durant les 6 mois de troubles comportementaux impulsifs de mon père, car si j'avais su quelle prescription faire, croyez-moi je l'aurais fait!

L'avantage avec cette affaire, c'est que mon père comprend enfin un peu que, ce qu'il a vécu, n'est pas de sa faute, même s'il a quelques difficultés à assimiler les conséquences des traitements antiparkinsoniens!

 

Commentaires

Médecin retraité, je dirige au plan médical la section France-Parkinson Meuse depuis bientôt 5 ans et, depuis, interroge les patients (une quinzaine chaque mois) pour connaître leur suivi par le MG, le neurologue et m'inquiète des possibles phénomènes d'addictions pouvant les affecter: tous sont sous agonistes dopaminergiques ( dont 3 sous Requip, 1 avec Sifrol) associés à la L_dopa, et aucun ne présente le moindre signe inquiétant pouvant faire penser à une addiction quelconque !

Les Parkinsoniens touchés cherchent à intenter des procès ? Ils reprochent aux traitements prescrits les troubles présentés, mais que diraient-ils si les médecins ne leur prescrivaient … rien ou si les traitements étaient insuffisamment efficaces ? Chaque médicament existant est doté de possibles effets secondaires: attaque-t-on l'acide acétylsalicylique prescrit quand il provoque des ulcérations digestives ou des saignements, les antibiotiques quand ils provoquent des allergies…? Cela me paraît exagérément facile de vite accuser les labos, les prescripteurs ( désir de tirer de l'argent ?) ne faut-il pas choisir entre 1 / rester avec sa maladie sans traitement et alors en supporter les désagréments ou 2 / prendre les traitements et savoir les complications, toujours possibles ?
Attaquera-t-on les labos qui présentent la L-Dopa quand cette dernière provoquera, tardivement, des dyskinésies quasi-inévitables ?
Qu'une firme cache soigneusement les effets inattendus est évidemment répréhensible et punissable, et la faute en incombe avant tout au très mauvais fonctionnement, trop laxiste, de l'Afssaps gangrénée à l'époque (on prétend que ça va changer !) par le lobby de Big Pharma.
Aux médecins traitants, ceux que l'on désigne pompeusement depuis peu " de proximité" de faire honnêtement leur travail en questionnant, en examinant sans relâche, leurs patients.

Écrit par : Nahmani Gabriel | 23/02/2011

Gabriel,
Je pense que vous n'avez lu que le billet ci-dessus et non le blog, parce que j'évoque toutes les questions que vous soulevez. Vous constaterez que je n'ai pas une vision manichéenne des choses.
Après, je "provoque" peut-être un peu mais je m'appuie toujours sur mon expérience donc je ne mens pas... Les réflexions juridiques, ce n'est pas le patient qui les décide mais la loi...
Quant au médecin traitant, je dois dire que le nôtre a été présent et j'ai envie de dire heureusement.
Pour ma part, ma famille a perdu de l'argent dans cette histoire. Mais nous ne faisons pas de procès. Pourquoi? Parce que contrairement à certains, nous avons finalement réussi à nous faire entendre du corps médical et donc pas tout perdu.
Votre argument financier, je le trouve un "pathétique". Etaler en justice votre expérience familiale du syndrome de dysrégulation dopaminergique demande un certain courage et vivre ce syndrome, je ne le souhaite pas à mon pire ennemi. Les effets indésirables tels que le ballonnement, la somnolence ne sont rien en comparaison de la dysrégulation dopaminergique.
Personne n'a jamais remis en cause les dyskénésies propres à la maladie. En revanche, il est reconnu scientifiquement que celles-ci peuvent être provoquées lors d'un surdosage.
Par ailleurs, j'ai déjà anticipé l'argument d'un neurologue un peu énervé voire de mauvaise foi dès lors qu'on lui remonte les bretelles parce qu'il a surdosé: eh bien je ne prescris plus rien. Voilà ! Bien fait pour ce parkinsonien qui remet en cause mes compétences! Eh bien Monsieur, ce n'est pas digne d'un médecin une telle attitude. Le patient ne doit pas s'adapter au traitement, c'est le traitement qu'il faut adapter au patient. Ce n'est pas infaisable. A force de persévérance, ce génie malin des petites gens, mon père a obtenu un traitement qui lui convient, c'est-à-dire qui le soigne sans lui faire perdre son esprit! Les parkinsoniens ne demandent donc pas la mer à boire aux neurologues...
Cela dit, je vous remercie d'avoir donné votre point de vue.

Aurélie

Écrit par : Aurélie | 23/02/2011

Je redécouvre mon propos et votre réponse … qui me satisfait grandement car j'insiste, chaque mois lors des réunions, et incite les patients à causer aux médecins, à réclamer des explications, à insister et même à dire que l'on peut changer de neurologue (quand c'est possible bien sûr) comme on peut le faire de n'importe quel … commerçant quand on n'est pas satisfait.
L'argument financier pour lequel vous avez quelque peu tiqué n'était, de ma part, qu'une hypothèse, je comprends parfaitement que des malades très handicapés du fait, non seulement la maladie, mais aussi les médicaments, manifestent leur réprobation, de quelque façon que ce soit.
Dans le lot de parkinsoniens dont je m'occupe, sont arrivés depuis peu DEUX anciens patients longtemps suivis par moi ( non encore touchés par la maladie à l'époque) et qui, ayant changé de médecin, se trouvaient fort gênés de m'être présentés par la responsable de l'antenne locale : je les ai mis, d'emblée, à l'aise, en leur disant trouver normal de changer de médecin quand s'en fait sentir le besoin, et depuis, l'harmonie règne totalement.
Je répète n'avoir conscience d'aucun syndrome de dysrégulation dopa chez mes amis (ils le sont tous désormais) alors même qu'ils prennent tous des agonistes, mais comme je le leur ai conseillé dès les débuts: en pratiquant l'optimisation du traitement: réduire notablement les doses de chaque prise, mais avec l'inconvénient d'en multiplier les prises: aucun problème à ce jour.
J'aurai plaisir à converser avec vous: bien cordialement !

Écrit par : Nahmani Gabriel | 14/03/2011

Quel volte-face surprenant Gabriel! Comme quoi, tout arrive...

Les patients victimes d'un syndrome de dysrégulation dopaminergique ne sont pas "handicapés" par les agonistes dopaminergiques et/ou levodopa. Non, j'utiliserai un terme un peu, voire beaucoup plus fort. Ils sont "dévastés" par ces traitements, qui corrélativement atteignent également la vie de l'entourage, s'ils ne sont pas rapidement revus à la baisse.

Je suis tout à fait d'accord, on a le droit de changer de médecin si les relations ne sont pas aisées. Mais changer de médecin me semble une option trop facile. On en arrive à la situation suivante: se refiler le nom des meilleurs pour être bien traité tout en laissant les "plus laxistes" exercer.

Or un médecin doit soigner par définition. Je dois cependant admettre que lorsque toute relation est impossible, il vaut mieux changer, la santé devant primer sur le caractère difficile du médecin. Par exemple, je n'ai pas envie que mon père soit suivi par sa première neurologue car pendant le SDD, pas une seule action de sa part. Le deuxième, s'il n'a pas été parfait, j'ose espérer que c'est quelqu'un de prometteur, ses recherches étant intéressantes. Le troisième, lui, si j'osais, je lui claquerais la bise, tellement son avis médical a changé notre vie...

Eh bien, vous avez bien de la chance si dans votre "lot" (ça fait fait un peu cheptel, non?), il n'y a aucun SDD. Certains médecins seraient donc très soucieux de leurs prescriptions. Qu'on les félicite pour leur professionnalisme.

Comme je ne suis pas dupe en lisant vos propos, je vous rappelle que je ne suis pas hostile aux agonistes ni à la levodopa. J'y suis même favorable. Encore faut-il que les dosages conviennent parfaitement au patient. C'est la seule chose que je demande. Et vu vos remarques, mon voeu n'a pas l'air difficile à exaucer!

Écrit par : Aurélie | 15/03/2011

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