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23/03/2011

L'hypersexualité et ses lourdes conséquences

Grâce à la médiatisation de l'affaire de Didier Jambart, les cas d'hypersexualité sont désormais connus dans le cadre des traitements antiparkinsoniens et les langues se délient.

Des familles comprennent pourquoi leur proche a changé de comportement. Ma famille est tombée sur l'addiction au jeu. D'autres doivent faire face aux agressions sexuelles qui peuvent s'accompagner de  déviances à tendances pédophiles.

Des articles dans le Maine Libre et Ouest-France relatent les faits d'une agression d'un grand-père sur sa petite fille, alors que jusque-là, il aurait été d'une bonne moralité... La famille a décidé d'entamer une action en justice, non seulement contre les médecins prescripteurs (probablement pour défaut d'information et carence dans la prise en charge du syndrome de dysrégulation dopaminergique), mais aussi contre les laboratoires pharmaceutiques producteurs desdits médicaments. La justice aura donc à trancher les responsabilités de chacun.

 

Quelle conduite tenir en cas de troubles sexuels apparaissant lors de traitements antiparkinsoniens afin de prévenir d'éventuels actes répréhensibles pénalement ?

Je ne peux que donner des conseils à l'entourage du patient pour les prévenir et non au patient lui-même car je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête quand il est en surdosage.

Il y a un indice qui ne trompe pas. Le simple fait que vous ayez un doute sur un changement de comportement est un signe. Par exemple, pour mon père, mon frère et moi on avait bien vu qu'il grattait des tickets de jeu alors que jusque-là, il n'en avait jamais rien été. On l'a laissé un peu faire... Ensuite, j'ai décidé de l'accompagner au casino. Et là, je ne reconnaissais plus mon père. Il était en transe, en sueur, obnubilé par le jeu, l'argent lui glissait entre les mains. Je suis donc intervenue auprès du neurologue (sauf que d'une addiction, on est passé à une étape au-dessus: le syndrome, ledit monsieur lui ayant prescrit un autre traitement beaucoup plus fort, cherchez l'erreur, Messieurs, Dames).

Pour les troubles sexuels, je ne l'ai pas vécu. Mais je dirai tout de même qu'il y a cet indice suivant: une sorte de désinhibition sur la question sexuelle. Le simple fait que la personne prononce des phrases à connotation sexuelle, un peu surprenantes, que vous n'aviez jamais entendues jusque-là. C'est pour moi le premier indice.

J'ai eu, il y a quelques temps, une conversation avec un pharmacologue sur l'hypersexualité dans le couple dans le cadre des traitements antiparkinsoniens. Il me parlait d'un vieux lieu commun. Si c'était une femme qui s'en plaignait, le médecin l'écoutait. Si c'était l'homme qui se plaignait des assauts lubriques répétés de sa femme, le corps médical, un brin potache pensait "De quoi il se plaint celui-là?". C'est sûr, ça fait sourire, quand on n'est pas concerné (certains sont presque envieux, j'ai lu plein de commentaires de ce style sur les blogs).

D'ailleurs, hier soir, j'étais à une conférence donnée par le Professeur Marc Vérin. Au moment des questions, il a anticipé avec brio voire avec tactique la question des troubles comportementaux impulsifs. Il a donc dit que ces troubles étaient clairement connus depuis 2006 (je me suis dit pourquoi il dit cette date et pas 2000, date du consensus et là, je me suis dit, ah date où cela apparaît sur les notices donc responsabilité du neurologue claire) et les a énumérés. Et lors de cette énumération, j'ai été surprise de voir les gens rire alors que lui était pourtant très sérieux à ce moment précis de son intervention. Après, je me suis dit que ce rire était certainement également provoquée par la gêne. Remarquez je me dis que si je n'avais pas connu les conséquences désastreuses de ces troubles, j'aurai peut-être ri également...

Tout ça pour dire, que si vous avez le moindre doute sur le changement de votre proche par des phrases ou des gestes, agissez au plus vite, car sachez que plus le traitement dure, plus les conséquences vont crescendo...

Ce qui est dérangeant dans cette hypersexualité, c'est son côté addictif destructeur. Pas vraiment de plaisir, beaucoup d'excès.

Alors que faire si le mal est fait, c'est-à-dire s'il y a eu des actes tels que l'exhibition, l'agression sexuelle, attouchements, viol?

Eh bien, si vous êtes de l'entourage, d'abord prévenir le neurologue et exiger une hospitalisation d'urgence.

Ensuite, quand les choses sont rentrées dans l'ordre, exposer les faits à la gendarmerie ou au Procureur de la République.

Alors certains ne comprennent pas pourquoi je prends ce parti. Mais voilà, je pense qu'à un moment, il faut se frotter à la réalité, notamment lors d'agression sexuelle dans une famille. Croire qu'en éludant l'affaire, tous les protagonistes vont oublier, c'est pour moi se mettre le doigt dans l'oeil. Une petite cuisine en interne est la pire des solutions. Les rancoeurs rejailliront à un moment ou à un autre. Rien de mieux qu'une décision venant de l'extérieur pour rétablir une certaine harmonie dans la famille.

Tous les protagonistes doivent savoir pourquoi ça s'est passé et tout le monde doit assumer sa part de responsabilité, neurologues compris.

C'est là que le bât blesse. Le neurologue signale les faits au procureur de la République, ce que je trouve logique d'un point de vue, non seulement moral et déontologique, mais aussi légal. En revanche, je suis plus perplexe quand ce dernier n'accompagne pas son signalement d'une explication médicale. Certains, très professionnels, le font mais d'autres pas, pour la simple et bonne raison qu'ils couvrent leur collègue qui a omis de mentionner lesdits effets indésirables. Et là, je trouve que c'est la double peine pour la famille. Non seulement ils ont connu le pire, mais en plus, on les abandonne.

Sachez toutefois, que certaines juridictions ont déjà reconnu l'irresponsabilité pénale des patients  parkinsoniens ayant commis des agressions sexuelles. La justice reconnaît l'agression mais estime que le patient souffrait bel et bien de troubles psychique et/ou cognitifs et comportementaux au moment des faits.

A titre de rappel, les neurologues ne sont pas de simples prescripteurs. Si le conjoint les informe d'une hypersexualité, il est inadmissible de se voir entendre 1) c'est votre vie privée! 2) consultez un sexologue! 3) C'est la vraie nature du patient qui ressort! Ce sont pourtant les phrases qui reviennent le plus souvent. Je ne vois pas l'intérêt de faire d'aussi longues études si c'est pour en arriver là.

 

PS: j'ai eu accès à l'article de france soir grâce à Didier que je remercie.  

Commentaires

bonjour, atteint de la maldie de parkinson depuis 2009 agé de 63 ans je consulte beaucoup internet et hier soir je suis tombé par hasard sur un article de france soir relatant les faits d'un procès ayant eu lieu au Mans. La personne demeurant dans la sarthe avait des troubles d'hypersexuélité. J'ai connu la même chose, et suis en attente de la justice, les faits ayant été découverts en février. L'article de france soir est très bien fait.

Écrit par : DAVID | 24/03/2011

Je vous remercie David. Didier Jambart m'a envoyé ledit article que je cherchais justement.
Attention, le procès n'a pas eu lieu. Il y a deux actions.
La première vient de l'extérieur. Le neurologue ayant alerté le procureur de la république pour les agressions sexuelles, le ministère public doit décider de poursuivre ou non le patient.
Le seconde vient de la famille qui a décidé de se retourner, non seulement contre les neurologues en tant que médecins prescripteurs qui n'ont pas informés desdits effets indésirables et qui n'ont pas écouté la femme de ce patient, mais également contre les fabriquants des médicaments. Là, la construction juridique sera plus hasardeuse, même si je travaille actuellement sur cette piste juridique pour trouver un raisonnement qui se tienne.

Écrit par : Aurélie | 24/03/2011

bonjour, je viens de voir sur internet un autre article dans france soir d'aujourd'hui, qui relate encore le procès reporté de Didier JAMBART

Écrit par : DAVID | 26/03/2011

Je précise que dans les troubles comportementaux, il n'y a pas que l'hypersexualité ou le jeu, l'état d'hyperdopaminergie (surdosage en thérapeutiques dopaminergiques), s'apparente à ce qu'on observe dans les états maniaques ou hypomoniaques. D'une part, il se traduit par une élévation de l'humeur avec un état d'excitation, d'irritabilité, voire d'agressivité verbale ou gestuelle. On peut observer aussi des troubles de la concentration, associés à une grande distractibilité, une logorrhée, une agitation motrice, une hyperactivité diurne et souvent nocture. C'est ainsi que, parfois, on assiste à la naissance ou à l'intensification d'une activité créative. Il peut exister des sentiments de toute puissance et des idées de grandeur, qui peuvent être associés ou non à des sentiments de persécution, un état de paranoïa ou de jalousie injustifiée vis-à-vis de son conjoint.

Extrait du livre ''La Maladie de Parkinson, reconnaître, évaluer et prendre en charge les troubles cognitifs'' d'Anne-Marie BONNET, Thierry HERGUETA et de Virginie CZERNECKI éditions MASSON 2007.

Nous pourrions croire effectivement que c'est une découverte récente et bien non, Pierre POLLAK écrit en septembre 1993 ''La Maladie de Parkinson au quotidien'' édition Odile JACOB, page 104/105 : Les effets psychiques secondaires de la dopathérapie ne sont pas tous indésirables. Bien souvent, le ralentissement psychomoteur et l'humeur morose s'estompent progressivement. Le patient devient plus attentif, plus alerte, il porte de l'intérêt à son entourage, prends des initiatives et devient communicatif : c'est l'éveil, si marqué lors de l'avènement de la dopathérapie dans le traitement des syndromes parkinsoniens post-encéphalitiques et qu'Oliver SACKS a choisi comme titre de son livre.

C'est modification du comportement, il est vrai, est également liée au bénéfice sur l'akinésie. La dépression peut même disparaître...

Exceptionnellement, l'effet favorable sur le comportement peut devenir excessif. Le patient est énervé, devient irritable et agité. Il peut même connaître des épisodes d'excès d'énergie où il devient autoritaire et projette des actions trop ambitieuses ou irréalisables, qu'il peut mettre à excécution. Pierre POLLAK 1993.

Pierre POLLAK a fait référence au livre d'Oliver SACKS sortie en 1973 sous le titre ''Awakenings'' édition Gerald DUCKWORTH &Co, ce livre a été traduit en français en avril 1987 au édition du SEUIL sous le titre l'éveil, un extrait de l'introduction : En 1967 apparaît une drogue (la L-Dopa), qui a pour effet de réveiller ces patients, ils se remettent à parler, à marcher, retrouvent le goût de vivre... mais certains sont en proie à des halucinations, des délires paranoäques, érotomaniaques. L'unité de leur personnalité se brise en une foule de "sous-moi", parfois effrayants, en lesquels ils ne se reconnaissent plus. Faut-il arrêter la L-Dopa ? ou Diminuer la dose ?

Ce sont les problèmes dramatiques auxquels Oliver SACKS sera confronté (1973).

Il aurait suffit qu'à la prescription, on nous dise qu'au moindre changement de comportement de prévenir notre neurologue, je peux comprendre le dangers de la médication et comment voulez-vous faire le lien entre notre comportement et la ma médication.

D'autre part, il reste que le prescripteur ne connaît la médication, la médication induits les signes parkinsoniens, plus de médicaments plus de signes, plus grave quand le neurologue ou le médecin traitant constate des effets indésirables ils ne font pas les déclarations à la pharmacovigilance.

Pour ma part je suis traité depuis juillet 1982, j'avais 33 ans en 2007 je découvre l'origine de mes troubles comportementaux, hyperactivité, prises de risque inconsidérés, sentiments de puissance, des idées de grandeur et pour finir le travestissement, je précise en dernier au niveau de la gravité.

La médication en cause est tous les agonistes dopaminergiques à savoir : Eldeprime ou Déprényl (Sélégiline), Mantadix (Amantadine), Trivastal (Piribédil), Parlodel (Bromocriptine), Dopergine (Lisuride), Célance (Pergolide), Sifrol (Pramipexole), Réquip (Ropinirole), etc...

Le Comtan et le stalévo qui ont de l'Entacapone ont eux aussi d'autres effets indésirables, l'association de toute ces médications est potentiellement dangereuses, bien dosé, avec un bon suivi, un vrai dialogue avec son médecin devrait éviter les problèmes dans l'avenir, ne chercher la perfection.

Écrit par : DAVID Henri | 26/03/2011

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