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05/10/2011

De la critique complète de "Sexe et addictions sur ordonnance" d'Antoine Béguin

J'ai lu cet ouvrage de deux manières: d'abord en tant que juriste puis en tant que proche d'un patient qui avait développé les effets indésirables redoutables des traitements antiparkinsoniens. Et j'avoue que l'auteur a réussi un pari osé : à savoir être accessible à tous sans faire de raccourcis.éditions l'apart, 49, sexe et addictions sur ordonnance,antoine béguin,requip,parkinson,effets indésirables

La préface d'Irène Frachon est irréprochable. Elle a le mérite à la fois de faire une critique courte mais étayée du bouquin tout en le remettant en perspective avec des scandales sinon identiques du moins ressemblants tels que le Mediator ou l'Hépatite B, le Distilbène... En cela, je me dis que cette préface devrait figurer au programme d'éthique médicale des facultés de médecine.

L'ouvrage commence avec ce fameux jour, qu'on appellera UNE première victoire: le jugement du Tribunal de Grande Instance de Nantes. L'accès au délibéré est assez épique. Pour les juristes, on appréciera la petite guéguerre entre juges et avocats qui fait toujours sourire.

De là l'auteur déroule sûrement son fil d'ariane d'abord à travers de nombreux témoignages, puis l'explication médicale des troubles, pour ensuite démontrer les carences de chacun des acteurs du système de santé dans la prise en charge des troubles comportementaux : laboratoires, AFSSAPS, neurologues. Même l'inaction de France Parkinson est mentionnée...

Autrement dit, Antoine Béguin s'est sérieusement documenté pour démontrer que les laboratoires, fabricants d'agonistes dopaminergiques, savaient les effets indésirables mais n'ont rien fait ou difficilement  au fur et à mesure que les indices apparaissaient pour que le patient en soit informé.

Plus surprenant, l'AFSSAPS en charge de la pharmacovigilance a laissé faire, alors qu'elle aussi, savait. Comment une autorité censée assurer la sécurité des médicaments a-t-elle pu rester silencieuse? Même si  elle peut se cacher derrière l'échec du système de notification des effets indésirables faute de motivation  ou d'avoir motivé les professionnels de santé (ça me rappelle d'ailleurs la réaction du neurologue de mon père lorsque je lui ai demandé de le faire), comment a-t-elle pu en revanche ignorer l'action de l'association de patients dénommée CADUS...?
Plusieurs raisons peuvent être exposées. D'abord, le financement de cette agence (jusqu'à récemment dépendant à 80% des laboratoires). Difficile à ce prix (sans mauvais jeu de mots) d'être totalement indépendante! Puis, le choix des experts. S'intéressant partulièrement à l'expert de l'affaire D. J., Antoine Béguin démontre non sans une certaine ironie son côté "hyperactif". Il est tour à tour professeur de médecine (c'est mieux vous me direz), expert pour les labos, expert pour la justice, expert pour CRCI et ... membre de la Commission Autorisation Mise sur le Marché de l'AFSSAPS. Waouh, ça laisse rêveur ! Comment ne pas être juge et partie? Et c'est d'ailleurs ce qui se passe... L'expert, prend immédiatement fait et cause pour le labo alors même que la littérature médicale émet de sérieuses réserves. Si des mauvaises langues trouvent qu'Antoine Béguin l'égratigne sérieusement, il faut dire que ledit expert n'a rien d'un enfant de choeur... Le coup de coeur revenant au plagiat de la thèse de D. Vincent (thèse que j'ai trouvée très moyenne au passage).

On retrouve le même mutisme chez les neurologues... et lorsque ceux-ci sont expressément visés par une procédure de réparation, on retrouve également la quasi-même confraternalité de l'expert...

D'ailleurs, même si Antoine Béguin ne critique pas le jugement du TGI (les juges estimant d'ailleurs qu'il était bon car rédigé par eux - j'apprécierais ce genre d'humour s'il n'y avait pas des vies en jeu derrière), nous nous permettrons de le faire après y avoir eu accès de manière tout à fait légale... D'abord, il est regrettable que les juges admettent la non-responsabilité du neurologue en reconnaissant que le traitement choisi par ce dernier était adapté à la pathologie et qu'il en a augmenté les doses à raison de la progression de la maladie. Premièrement parce qu'ils ont reconnu que ledit médicament était bien à l'origine des troubles, et que même s'ils ont également reconnu que les risques étaient à l'époque possibles mais pas avérés, ils vont à l'encontre tant de la jurisprudence constante sur l'information des risques même de réalisation exceptionnelle que de la littérature médicale. Deuxièmement, parce que si le traitement était adapté  du point de vue moteur, il ne l'était en revanche pas côté psychologique. Ensuite, admettre que le patient aurait du lui communiquer ses troubles alors même que le neurologue ne l'a pas averti préalablement de leur éventuelle survenance, n'encourage pas les neurologues à dénoncer lesdits effets auprès des autorités de santé et fait peser sur le patient une obligation injustifiée et trop lourde à porter !

D'ailleurs, Antoine Béguin en profite pour évaluer notre système de réparation des victimes d'effets indésirables médicamenteux. Ce système est dual. Il existe une voie amiable et une voie contentieuse. La voie amiable a lieu devant les CRCI (Commissions régionales de conciliation et d'indemnisation) depuis 2002. Même si leur objectif premier est louable, à savoir indemniser rapidement la victime, force est de constater que la pratique est un peu plus compliquée et opaque (absence d'accès aux avis). Reste donc la voie contentieuse devant un juge... Cela suppose de démontrer la défectuosité du produit. Or si la responsabilité du fait des produits défectueux a fonctionné dans le cas de Didier J., il faut savoir que les notices d'information contiennent désormais certains effets et donc qu'elle n'est pas possible sauf à contester le libellé de l'information. En outre, cette responsabilité est strictement encadrée et n'est pas toujours possible. Ainsi si les troubles comportementaux ont lieu aujourd'hui, il faut se retourner contre le neurologue dès lors qu'il a failli dans l'obligation d'information.

Aussi Antoine Béguin propose-t-il quelques solutions favorables aux victimes inspirées du droit anglo-saxon (actions collectives et intérêts punitifs). Ces propositions sont les bienvenues, en plein contexte de réforme, mais ces réformes visent plus le système de pharmacovigilance que celui de la justice...

Comme l'indique dans la postface Jacqueline Houdayer, le combat ne fait que commencer... Puisse cet ouvrage lancer enfin sérieusement le débat sur les troubles comportementaux dans le cadre des traitements de la maladie de Parkinson. De trop nombreuses vies ont été déjà été détruites.

 

Et si finalement le seul défaut de ce bouquin était son intitulé? Je suis désolée je ne m'y fais pas...

 

Antoine Béguin, "Sexe et addictions sur ordonnance", Editions L'apart, 16 euros.

24/09/2011

De la lecture de "Sexe et addictions sur ordonnance"

 

Ah y est l'ouvrage "Sexe et addictions sur ordonnance" d'Antoine Béguin, enfin disons les épreuves de l'ouvrage, sont arrivées sur mon bureau. C'est la première fois que je reçois des épreuves. D'habitude quand je dois commenter des ouvrages de droit et de science, je reçois l'ouvrage tel qu'il est vendu. Du coup, ça me fait bizarre, comme si je recevais une usine à gaz entre les mains. Oh mais que suis-je bête: c'est bien une usine à gaz, non?sexe et addictions sur ordonnance,éditions l'apart,angers,antoine béguin,irène frachon,jacqueline houdayer

Bon allez, j'ai déjà lu quelques paragraphes.
D'abord les remerciements (j'adore l'impertinence d'Antoine Béguin qui s'excuse faussement auprès de ceux qui l'ont dissuadé d'écrire cet ouvrage),

puis, la préface d'Irène Frachon (qui m'a donné du baume au coeur après la récente discussion avec le neurologue de mon père lors de sa dernière consultation - cette préface devrait être utilisée en cours d'éthique médicale en faculté de médecine (j'dis ça, j'dis rien!!!))

et la post-face de Jacqueline Houdayer Présidente de l'association de la CADUS (sa difficulté à se faire entendre depuis quelques années sur le sujet me rappelle tristement mon expérience personnelle même si elle est beaucoup plus récente et moins altruiste que la sienne). 

Déjà, je me dis, qu'envoyer l'ouvrage aux services de neurologie serait une sacrée bonné idée...

Enfin j'aimerais remercier le journaliste Arnaud W... Grâce à vos articles dans la Presse Régionale Régionale, ma mère n'avait plus besoin d'expliquer vainement à notre entourage (moins proche) les raisons qui expliquaient le comportement étonnamment étrange de mon père...

Bien évidemment, à l'issue de la lecture complète, je ferai une critique de l'ouvrage et du travail fourni par Antoine Béguin.

08/09/2011

De la parution de "Sexe et addictions sur ordonnance"

Je connaissais le projet d'ouvrage de l'avocat de Didier Jambart depuis quelques temps. Pour avoir rencontré Antoine Béguin cet été dans un contexte professionnel et pour avoir  profité de l'occasion de  discuter sérieusement avec lui des troubles comportementaux dans le cadre des traitements antiparkinsoniens, je peux dire que la personne est fort sympathique et vive d'esprit, j'attends donc de lire son ouvrage avec impatience.sexe et addictions sur ordonnance,éditions l'apart,angers,antoine béguin,irène frachon,jacqueline houdayer

Je dois cependant avouer d'ores et déjà que l'intitulé de l'ouvrage me fait penser à une bande-annonce digne d'une émission de Bernard de la Villardière d'Enquête exclusive "Sexe, Addiction, vous saurez tout sur les effets des traitements de la maladie de Parkinson".

Mais là, on pourrait me rétorquer "Mais ma petite dame, il ne faut pas sous-estimer l'impact de phrases chocs"... Bon la petite dame, elle le sait. C'est sûr que c'est plus vendeur que "Les troubles comportementaux dans le cadre des traitements antiparkinsoniens". Mais ce n'est pas une raison...
Ce que je sais surtout c'est que l'auteur n'ira pas dans cette direction malgré son titre "racoleur". Réduire ces affaires à ces deux mots reste impensable pour un juriste aussi chevronné. Son objectif est visiblement tout autre.

Les affaires judiciaires d'effets indésirables de traitements antiparkisonsiens  dont la plus connue reste celle de Didier Jambart sont l'occasion de rédiger un livre-enquête  documenté, "qui révèle notamment que le laboratoire connaissait les effets indésirables du médicament depuis plusieurs années, et malgré tout, que le fabricant ne l'a jamais mentionné sur la notice incluse dans la boîte. Au-delà des témoignages, ce livre pose des questions gênantes. Pourquoi les laboratoires ne disent-ils pas tout sur la notice de leurs médicaments ? Que savent-ils des effets indésirables des molécules qu’ils commercialisent ? Comment des spécialistes peuvent-ils prescrire des traitements en ignorant leurs effets secondaires ? Et, comme avec l'histoire du Médiator, pourquoi la sécurité sanitaire française a-t-elle failli ?" (source Ouest-France, ici et ).

Cet ouvrage tombe bien car ce sont exactement les questions que je me posais quand j'ai été confrontée à l'addiction et au syndrome de dysrégulation dopaminergique de mon père, le genre d'expériences que je ne souhaite à personne.

Dans la lignée de "La Guerre est déclarée" (en voilà un titre bien trouvé), film dynamique et optimiste de Valérie Donzelli sur la maladie d'un proche mais pas que (une amoureuse de l'amour, du cinéma et de la vie), j'ai décidé de rester positive, de sortir grandie de  ce genre d'épreuves aussi éprouvantes soient-elles  (on en sort meurtris mais solides) avec cette satisfaction d'avoir accompagné un être cher  dans l'adversité et d'éviter sa reproduction (un combat au quotidien). Bon, il y a une différence notable entre le film et les effets des traitements antiparkinsoniens: à savoir le rôle du  corps médical (hyper-présent dans le film, quasi-mutique dans le cadre des troubles comportementaux). Il est temps que cela change.

Espérons que ce livre d'Antoine Béguin puisse ouvrir le débat... avec l'ensemble des protagonistes!

 

ps: ayant reçu un dépliant au sujet du livre par Didier Jambart, je dois avouer que, par contre, j'aime bien le bandeau du livre "Après le Mediator, un nouveau scandale sanitaire" et la caution scientifique: la préface du docteur Irène Frachon.

 

ps 2: j'aimerais savoir qui est l'administrateur de la page facebook du bouquin. A bon entendeur...

 

 

 

12:06 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)